Question de l'accueil des chiens dans les abris de nuit.
Session : 2007-2008
Année : 2007
N° : 18 (2007-2008) 1
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Question écrite du 17/10/2007
de COLICIS Ingrid
à MAGNETTE Paul, Ministre de la Santé, de l'Action sociale et de l'Egalité des chances
Ce 17 octobre signe la Journée mondiale du refus de la misère.
Pour rester dans l’actualité, que Monsieur le Ministre me permette d’attirer son attention sur une problématique qui me tient particulièrement à cœur : le sans abrisme.
En la matière, j’étais déjà intervenue en ce sens plusieurs fois auprès du prédécesseur de Monsieur le Ministre, interventions qui se basaient sur des expériences de terrain lors des zonages de rues, de journée comme de nuit, avec les éducateurs de rue de la cité.
A côté de cela, ni Monsieur le Ministre ni moi n’échappons à la vision citadine du SDF et de son chien lové contre lui. Plus qu’un animal de compagnie, le chien acquiert un statut privilégié aux yeux de son maître, lui permettant autant de briser l’isolement que d’échapper à l’hypothermie au cours de périodes de grand froid.
Monsieur le Ministre en a certainement en entendu parler : une étudiante de l’UMH vient de présenter son mémoire de fin d’étude en psychologie et qui traite de la relation entre le chien et le SDF. Son travail de terrain fait déjà grand bruit.
En effet, durant quatre mois, l’hiver passé, la jeune femme a arpenté les rues de Charleroi à la rencontre de ces duos d’infortune. De cette expérience, Nathalie Stalon a mis en évidence le rôle socialisant de l’animal. Outre une fonction de compensateur de manques affectifs et physiques mais également de protecteur pour les dangers inhérents à la vie en rue, l’animal de compagnie semble constituer, d’après l’étudiante, un vecteur de réinsertion.
Ainsi donc, ici, le lien est inversé puisque c’est bien le chien qui responsabilise son maître. Celui-ci reprend conscience d’une série de devoirs et obligations puisqu’il doit prendre en compte à savoir, l’éducation du chien, sa sécurité comme sa santé.
Là où le bât blesse, c’est que les structures d’accueil de nuit n’acceptent pas les chiens !
Des efforts ont bien été consentis au cours de ces deux dernières années : la maison d’accueil jumétoise « l’Ilot » a désormais deux cages pour accueillir les chiens. Tout comme le « Triangle » à Mont-sur-Marchienne et « Ulysse », sis au cœur de la ville qui ont aussi des chenils extérieurs.
Enfin, une convention passée entre le Relais social et la SPA de Charleroi permet aux propriétaires de disposer des chenils de l’institution. Un système qui a bien vite démontré ses limites, déjà ne fut ce que pour un simple problème de transport entre les deux sites.
Quoi qu’il en soit, dans tous les cas, les mal-logés ont noué un tel degré d’intimité avec leurs chiens, qu’ils ne veulent pas s’en séparer et encore moins les mettre en cage. Préférant bien souvent délaisser les structures de nuit pour aller tous deux dormir en rue.
A ce sujet, lors d’une visite ministérielle le 9 février 2007 au CPAS carolo, deux SDF avaient questionné Madame Vienne au sujet du refus des chiens dans les abris de nuit. « Moi, s’est exprimé l’un, si on enferme mon chien dans une cage, c’est comme si on me mettait en garde à vue ! » Ce à quoi Christiane Vienne a répondu qu’elle n’avait pas de solution. « Dans un abri de nuit, la liberté du propriétaire d’un chien s’arrête là où commence celle de celui qui n’en a pas », a-t-elle ajouté.
Néanmoins, l’ex-Ministre avait évoqué, lors de sa visite, des solutions alternatives comme des logements communautaires qui pourraient jouer le rôle de pallier intermédiaire entre l’abri de nuit et le logement durable, dans une dynamique de réinsertion du sans abri. Et qui pourraient accepter les chiens.
Il est vrai que les abris de nuit ont un règlement communautaire d’ordre intérieur à suivre, inhérent à toute vie en communauté. Mais il semble que les dispositifs d’hébergement d’urgence en Wallonie n’aient jamais vraiment pris en compte le côté socialisant du chien.
Dès lors, j’en arrive à des questions qui peuvent paraître basiques mais revêtent un aspect très important sur le plan humain pour les sans abris.
Monsieur le Ministre a-t-il déjà envisagé la problématique du rôle socialisant du chien pour les sans abris ? Pense-t-il que le chien puisse être le salut de son maître ?
A-t-il, à cet égard, des pistes de solution ?
Solutions qui pourraient, à mon sens, véritablement faire évoluer les dispositifs d’accueil en Région wallonne.
Réponse du 19/12/2007
de MAGNETTE Paul
Comme l'honorable Membre le précise dans son introduction, la problématique du sans-abrisme en Région wallonne est un constat préoccupant qui requiert toute notre attention.
Les témoignages des services ayant contact avec cette population nous démontrent que la précarité sociale n'est désormais plus le lot d'un public bien déterminé, mais que la fragilité sociale et économique peut entraîner toute personne dans cette détresse suite à un « accident de vie » imprévisible.
Dans ce sens, les réponses aux besoins d'hébergement sont multiples. Outre les associations et les CPAS qui, dans le cadre de logements d'urgences et de transit, accueillent ce public dit " fragilisé ", nous avons en Région wallonne un réseau de maisons d'accueil permettant aussi d'accueillir des personnes en difficultés sociales tout au long de l'année. Les abris de nuit y sont d'ailleurs identifiés. Au total dans ces structures, nous pouvons compter sur quelque 1970 places.
La question de Mme la députée sur le rôle socialisant du chien est une problématique connue. Il est vrai qu'il n'est pas toujours évident, en l'occurrence avec ce type de public, de séparer la personne sans-abri de son animal de compagnie.
Je suis, en effet, conscient du rôle important que peut jouer un animal de compagnie pour les personnes exclues, défavorisées ou isolées.
Malheureusement, les abris de nuit demeurent dans le cadre décrétaI du secteur de l'hébergement et ont une réglementation communautaire d'ordre intérieur à suivre, notamment en termes d'hygiène et de sécurité.
Au delà de ces obstacles, des solutions ont émergé et, comme l'honorable Membre l'a précisé, des efforts ont été consentis.
Pour rappel, une convention avec le Relais social de Charleroi et la S.P.A. permet aux propriétaires de disposer d'un chenil de l'institution. Mais encore, comme l'honorable Membre le précise, les maisons d'accueil " l'Ilot ", " Le Triangle " et " l'Ulysse " mettent à disposition des chenils extérieurs.
A ce sujet, je remarque donc que les choses évoluent favorablement, même si cela se fait progressivement.
L'honorable Membre dit que " Là où le bât blesse, c'est que les structures d'accueil de nuit n'acceptent pas les chiens! " alors que deux des trois abris de nuit situés dans la zone de Charleroi accueillent ces compagnons. L'honorable Membre les cite lui-même dans sa question: " L'Ulysse " et " Le Triangle ". Lors d'une rencontre que j'ai eue avec des acteurs de relais sociaux pour faire le point sur les plans grands froids, j'ai d'ailleurs émis le souhait que les expériences « positives" de Charleroi en la matière puissent être suivies par les autres abris, encouragés par les relais sociaux.
Avec mon Collègue, Jean-Claude Marcourt, nous avons d'ailleurs sollicité et obtenu, pour chaque relais social, 1 poste APE, accompagné de 20.000 euros de subside de fonctionnement afin de travailler sur la problématique des frais d'hébergement pour les plus démunis dont la réalité d'avoir un animal de compagnie fait partie.
Il convient en tout cas de continuer à être attentif à cette situation et aux réponses à apporter qui doivent associer le respect des choix individuels et le respect des normes minimales justifiables en termes d'hygiène et de sécurité.